La Rochelle - le journal - octobre 2011 35

«Je suis né au Maroc, mais je suis arrivé tout bébé à La Rochelle. J’ai grandi dans le quartier de La Pallice où je suis allé à l’école. » L’école, une étape très importante dans le parcours de Mohamed. Après le bac, il décroche un DUT technique de commercialisation qu’il complète, en 2008, d’un Bachelor à Sup de Co. Visiblement, le commerce l’attire. Mohamed poursuit alors sa route à l’étranger. « Je suis parti en Espagne pour un stage puis pour travailler  dans les biotechnologies. J’étais chargé du développement de l’entreprise vers  le marché africain. » Pendant un an et demi, il voyage beaucoup. Mais si les voyages forment la jeunesse, il arrive souvent qu’ils fatiguent le voyageur. Et le commerce a ses exigences : « Il fallait toujours bien présenter, ne pas avoir l’air  abattu. Pour le client, cela pourrait signifier un manque de confiance. » Comment  faire pour paraître moins fatigué, éliminer rapidement cernes et poches sous les  yeux ? « Il n’y avait pas grand-chose sur le marché qui permettait d’obtenir un  résultat immédiat. De retour en France, j’ai étudié la question. J’y ai vu une vraie  opportunité. »

Le commerce, c’est de famille En 2010, Mohamed créé la marque Hayaseï (énergie rapide en Japonais). La petite entreprise ne connaît pas la crise. Mohamed a déjà embauché un employé et un autre est prévu fin 2011. « L’esprit d’entreprise, c’est de famille. Mon père  vendait des sacs à mains sur les marchés. J’aimais l’accompagner. Ça m’a permis  d’apprendre des choses, des valeurs : courage, ténacité, être accueillant, ne pas  lâcher l’affaire... Il fallait se réveiller à 4 heures pour aller dans les braderies.  C’est comme ça que j’ai payé mes études. » Depuis longtemps, Mohamed connaît cette France qui se lève tôt. « Il n’y a pas de déterminisme social. Si on se bouge,  il y a moyen de s’en sortir. Pour mener une idée à bien, il faut casser un peu son  confort, faire adhérer les gens, montrer la voie, persévérer. Il faut oser, ne pas avoir  peur du refus, écraser son petit égo... Et aussi, avoir un peu de chance. » Elevé à l’école de la vie, Mohamed a su ne pas la laisser passer. n

Un accident du travail a changé le cours de sa vie. « À l’origine, j’étais électricien. En 2006, on m’a confié une mission intérim de travaux de terrassement. Le marteau-piqueur, ce n’était pas mon truc. Je  suis tombé dans un trou. » Gravement blessé aux jambes et à la colonne vertébrale, Hocine en garde quelques séquelles irréversibles. « Je souffre d’un  pincement discal. Reconnu travailleur handicapé, j’ai entamé une reconversion  professionnelle en informatique à l’ERP de Bordeaux. L’informatique, c’est  ma passion. J’étais une sorte de Mac Gyver, je réparais les PC des copains.  La première année a donc été facile, mais la deuxième plus corsée. » Son prof, Jacques Lapergue, devenu depuis son entraîneur, propose à trois élèves de participer aux Olympiades des Métiers, ouvertes pour la première fois aux travailleurs handicapés. « Les deux autres ont refusé. J’ai accepté de me lancer  dans l’aventure et je suis devenu Meilleur Ouvrier d’Aquitaine 2010. »

En route pour la gloire En février 2011, Hocine devient, à Paris, Meilleur Ouvrier de France « en  informatique, gestion des réseaux ». L’épreuve rassemblait valides et non valides. Dans un large sourire, notre nouveau M.O.F. poursuit : « Je suis maintenant  bidouilleur officiel. J’aime la compète. Tombé dedans par hasard, je me suis pris  au jeu. Mais il faut savoir résister à la pression. » Et donc continuer à travailler le physique, le mental et la technique. « À La Rochelle, au contact de Jacques Troubé- Gérard -mon responsable- et de Nicolas Maës -mon collègue- j’ai pu approfondir,  échanger, progresser. Cela m’a donné une vision plus professionnelle. » Autant d’atouts plus que nécessaires à Séoul pour ces 8e Olympiades des Métiers auxquelles la France participe pour la première fois. Lors de cet entretien réalisé quelques jours avant son départ, Hocine évaluait ses chances et le chemin parcouru : « J’ai de gros espoirs de devenir Meilleur Ouvrier International. » Reconnaissant, il ajoute : « Tout ça a pu se faire grâce à la volonté de fer de Roger Noël et Eric  Dahlquist, importateurs du concept Abilympic en France. C’est encore grâce à eux  et au Conseil Régional d’Aquitaine que le rêve coréen a pu être possible. » Déjà dans son rêve, Hocine n’oublie pas de lancer un message qui lui tient tant à cœur : « On peut bosser tous ensemble, sans discriminations valides ou non valides. » Certains en douteraient-ils encore ? n

Textes : Marcel Lardeux - Photos : Julien Chauvet / Nous, vous, ils

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